Né en 1972 dans le village de Tabala, en Algérie, Ahmed Bouzeraa a très tôt été propulsé entre deux mondes : celui des racines ancestrales et celui de l’exil. En 1974, sa famille s’installe à Reims, dans l’est de la France. Loin des paysages de son enfance, le jeune Ahmed découvre un autre univers : celui des bibliobus et de la bande dessinée, terrain d’imagination, d’histoires visuelles et d’évasion. Mais c’est un été, en 1984, que quelque chose bascule : lors d’un retour au pays, il entre en contact avec la Lettre Coranique. Un choc esthétique. Une révélation. Une porte intérieure s’ouvre, comme un souffle ancien retrouvé.
La même année, une douleur sourde s’inscrit en lui : son père les abandonne. Cette blessure intime le pousse vers une quête silencieuse, viscérale. Une quête d’un père, mais aussi d’un sens, d’un ordre, d’un souffle supérieur. À Constantine, où il poursuit ses études, on lui demande d’écrire son prénom en arabe : ce geste simple devient fondateur. Pour la première fois, on le félicite. Le lien avec la calligraphie sacrée se tisse, presque malgré lui. Il commence alors à collectionner les Lettres, les Nommer, les contempler. Ce n’est qu’un début.
